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Une histoire coopérative: Casa di Alice

Ce premier article sur le blogue est très important… c’est la première étape de notre voyage, un voyage d’un an au cours duquel nous allons rassembler des histoires d’action collective dans le monde entier et que nous serons heureux de partager avec vous tous. Nous serons principalement motivés par la volonté de nous rappeler et d’inspirer les autres, que le monde regorge d’histoires novatrices et inspirantes qui montrent comment les gens se rassemblent en agissant collectivement pour répondre à leurs besoins territoriaux. Nous raconterons des histoires sur comment la solidarité favorise la cohésion socio-économique et la justice sociale. La première histoire que nous vous raconterons est celle de «Casa di Alice» (la maison d’Alice) et de la coopérative «Altri Orizzonti – Jerry Essan Masslo» à Castel Volturno, dans le sud de l’Italie.

De nombreuses idées erronées se sont glissées dans l’opinion publique et ont influencé les penseurs, les économistes et les décideurs politiques sur le potentiel et la capacité de certaines organisations, en particulier des coopératives, à offrir de précieuses opportunités de changement aux personnes et aux lieux. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses expériences de coopératives ont échoué à cause du fait qu’elles ne suivaient pas les valeurs et des principes directeurs du mouvement coopératif. Ces expériences historiques ont laissé de nombreuses idées préconçues négatives sur le modèle coopératif. Il suffit penser à la conviction que les personnes travaillent ensemble que par intérêt personnel, parfois avec un degré de légalité incertain. Parmi d’autres idées fausses, il y a l’idée que les coopératives sont des représentants du pouvoir établi, qu’elles ne peuvent pas être véritablement démocratiques, qu’elles sont contrôlées par des élites et qu’elles ne peuvent donc pas faire bénéficier la majorité de leurs membres, y compris les plus pauvres, les plus défavorisés et les plus marginalisés, ni de contribuer aux grands changements de la société.

Malgré cela, le monde est plein d’histoires de résistance collective, de développement communautaire et de sauvegarde des biens communs, et les coopératives sont souvent considérées comme les principaux acteurs de ces expériences. De nombreux récits ont été racontés par des membres de coopératives, des organisations ayant collaboré avec des coopératives, des mouvements sociaux ou des narrateurs indépendants. Pourtant, beaucoup de ces expériences restent inconnues, ou certainement pas aussi connues qu’elles devraient l’être.

Nous sommes donc ici, en train de jouer notre rôle dans cet immense effort collectif de narration, en nous embarquant dans un projet qui cherche à rassembler différentes histoires dans le monde entier. Nous le ferons par des vidéos afin que les membres mêmes puissent raconter leurs histoires, comme celle-ci:

Nous le ferons également avec ce blogue afin de donner des détails supplémentaires qui ne sont pas fournis dans les vidéos. Enfin, nous le ferons à travers des études de cas, en produisant un mémoire de deux pages pour chaque coopérative, en commençant par notre prochaine étude de cas en Afrique.

Nous commençons ce long voyage autour du monde à partir de Castel Volturno, un village de la province de Caserta, dans le sud de l’Italie. Selon un guide touristique italien bien connu, cette région ne vaut pas la peine d’être visitée et est « peu attrayante, car elle est principalement une banlieue sans intérêt, presque entièrement dominée par la mafia ».

Cette région dont nous parlons est exactement celle que la série télévisée Gomorra a rendu célèbre partout dans le monde. C’est le lieu où Jerry Esslan Masslo, un immigré sud-africain, a été exploité dans les cultivations de tomates et tué en 1989 (l’événement a donné lieu à l’une des plus grandes manifestations antiracistes d’Italie et a été à l’origine de la première loi nationale sur l’immigration); c’est là que le prêtre Peppe Diana a été tué en 1994 à cause de sa rébellion contre la mafia; où, en 2008, six immigrants africains innocents ont été abattus dans la «Strage di San Gennaro» – également connu sous le nom de massacre de Castel Volturno – et les meurtriers ont été reconnus coupables de meurtre avec circonstances aggravantes à caractère racial.

C’est sur ces terres que l’organisation de la mafia appelée «Nuova Camorra Organizzata» (Nouvelle Camorra Organisée) a été dirigée par le boss Cutolo et a semé la terreur jusqu’à la fin des années 80, date à laquelle elle a été remplacée par une autre organisation de la Mafia. Ici, les immigrés représentent la moitié de la population totale et vivent encore aujourd’hui dans des conditions d’esclavage. C’est aussi la région connue sous le nom de «Terra dei Fuochi» (Terre de feux), où l’enfouissement systématique de déchets toxiques et de nombreux bûchers allumés par la criminalité organisées a eu un impact dévastateur sur la santé de la population locale, de l’agriculture et dans son ensemble de l’économie locale.

En revanche, c’est également dans cette zone qu’un groupe de personnes s’est réuni pour résister et continuer à se battre contre les organisations criminelles, le racisme et les atteintes à l’environnement, malgré les difficultés extrêmes auxquelles elles sont confrontées. Ces personnes sont les principaux auteurs d’un changement culturel massif et révolutionnaire. La légendaire chanteuse Miriam Makeba a très bien compris tout cela et est allée chanter le 9 novembre 2008 sur la place principale de Castel Volturno, apportant ainsi son soutien aux groupes contre le racisme et la mafia. Malheureusement, elle est morte le même jour, juste après le concert. Un monument se trouve sur la même place en souvenir de son soutien à la communauté de Castel Volturno.

Ce réseau social composé d’individus, d’associations et de coopératives sociales reprend maintenant les biens collectifs et les terres qui appartenaient aux criminels organisés. Ces propriétés sont en train de devenir des lieux de promotion de l’inclusion sociale et économique, également grâce à l’action de l’association «Libera», qui a promulgué les lois sur l’utilisation sociale des biens confisqués aux organisations criminelles.

Ces personnes proposent un nouveau modèle culturel, avant d’un changement économique et social. Ils partent de la transformation du langage pour donner un nouveau sens aux mots. L’acronyme NCO (comme nous l’avons dit auparavant signifiait  «Nouvelle Camorra Organisée») n’a plus de référence à la mafia. Il signifie désormais «Nuova Cooperazione Organizzata» («Nouvelle Coopération Organisée»), nom d’un réseau de coopératives sociales dans la région de Caserta, qui gère les avoirs confisqués en réalisant des projets d’économie sociale. NCO représente désormais également “Nuova Cucina Organizzata” (“Nouvelle Cuisine Organisée”), un restaurant populaire de Casal di Principe. Quelqu’un devrait probablement dire tout cela au prochain auteur d’un guide touristique sur la région de Caserta…

Le projet «Casa di Alice» a été fondé dans ce contexte de transformation culturelle. Il a été établi dans un bâtiment confisqué à la boss Pupetta Maresca. Ce bâtiment est maintenant le siège de la coopérative «Altri Orizzonti – Jerry Essan Masslo». La coopérative a été créée en 2011 par un groupe de jeunes volontaires de l’association « Jerry Essan Masslo », qui a été à sa fois créée en 1989 lorsque sept médecins et un assistant social ont décidé de donner une réponse courageuse au meurtre de Jerry Masslo, réfugié sud-africain, expliqué au début de cet article. Depuis, l’association a réalisé des projets d’intégration culturelle et d’assistance sociale et sanitaire, en particulier pour les migrants.  Au début «La maison d’Alice» a été confié à l’association, puis suite à la création de la coopérative «Altri Orizzonti – Jerry Essan Masslo», elle est devenu le cœur des projets économiques et sociaux de la coopérative. Les projets ont pour objectif final de répondre concrètement aux besoins d’une région difficile telle que Castel Volturno. Ainsi, par exemple, «Made in Castel Volturno» – un projet de personnalisation sociale – est apparu comme un résultat tangible de la façon dont les tailleurs italiens et africains peuvent confectionner des vêtements et créer une opportunité de travail décent, de dignité et d’ échanges interculturels.

«La coopérative est une entreprise hétérogène et multiethnique, elle crée du travail, intègre les différentes cultures de la région de Castel Volturno et promeut la culture de la légalité et de la solidarité»

Coopérative «Altri Orizzonti – Jerry Essan Masslo»

Conformément à cette approche, certains membres de la coopérative font parties d’un nouveau projet de développement local, baptisé «Buona Terra» (La bonne terre), qui produira de la sauce tomate biologique sur des terres non contaminées confisquées à la mafia. Il s’agit d’un projet qui vise à promouvoir le travail décent et une collaboration innovatrice entre les agriculteurs, notamment grâce à des agriculteurs locaux visionnaires, tels que Miriam et Giuseppe, du projet « Orto Conviviale » et qui se développera tout au long de la chaîne de valeur, avec y compris des coopératives sociales qui s’occuperont de la transformation et qui vendront le produit final à des groupes d’achat communs tels que DESBRI.

Que pouvons-nous tirer de l’expérience de ‘Casa di Alice’? Voici un peu de grain à moudre:

  • Même dans les zones les plus difficiles, contrôlées par le crime organisé, l’action collective peut être le catalyseur d’une transformation culturelle massive ayant un fort impact social, économique et environnemental.
  • Les lois qui soutiennent l’action collective, comme celle sur les biens confisqués, peuvent être un levier pour le développement d’expériences comme celle de «Casa di Alice», qui luttent contre l’économie criminelle avec des projets d’économie sociale.
  • les autochtones et les migrants peuvent vivre ensemble, sans exploitation, sans idées préconçues, en travaillant ensemble pour une société plus inclusive et plus juste.

Nous voudrions conclure cet article par un message que certains membres de la coopérative de «Casa di Alice» nous ont laissés en août dernier lorsque nous avons eu la chance de passer quelques jours avec eux. C’est un message qui raconte leur histoire et qui pourrait transmettre un message d’espoir à de nombreuses autres expériences…

 

[À Castel Volturno, il y a des ciseaux qui cassent les chaînes et des rêves qui deviennent réalité]

Reprenons ensuite le flambeau des coopérateurs de la maison d’Alice et prenons la route de notre prochaine destination au Maroc… restez à l’écoute pour en savoir plus à ce sujet!

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